L’épisode dépressif majeur (EDM) correspond à la survenue au cours de l’année d’une période de 15 jours de tristesse ou de perte d’intérêt toute la journée et chaque jour. Il faut encore qu’il soit accompagné d’au moins trois symptômes secondaires (variation de poids, problèmes de sommeil, fatigue inexpliquée, difficultés de concentration, pensées morbides) et d’une perturbation des activités.
« L’épidémiologie psychiatrique est encore nouvelle en France et partout dans le monde », souligne Christine Chan Chee, de l’InVS (Institut national de veille sanitaire), qui a coordonné le dernier numéro du « Bulletin épidémiologique hebdomadaire » du 23 septembre 2008, consacré à la dépression. On peut s’en étonner quand on sait que quatre millions de Français ont été ou sont victimes d’une dépression et qu’en 2020, ce devrait être la deuxième maladie la plus fréquente dans notre pays. Les Français sont les plus gros consommateurs de médicaments antidépresseurs dans le monde. Ce qui ne signifie pas forcément qu’ils soient plus « malades » que les autres… Toute la difficulté dans les études épidémiologiques, c’est de faire la part entre une tristesse « normale » qui fait partie de l’âme humaine et une vraie dépression nécessitant une surveillance et un traitement. Selon les deux enquêtes décortiquées dans le BEH (Baromètre santé 2005 et Anadep), entre 5 % et 8 % des Français ont déjà souffert d’épisodes dépressifs caractérisés, les formes sévères touchant respectivement de 3,2 et 2,6 %.
Dans les deux enquêtes, la dépression est deux fois plus fréquente chez les femmes, favorisée par le veuvage, le divorce, le chômage, l’invalidité ou le congé maladie. Dans le jargon psychiatrique, on parle d’épisodes dépressifs majeurs (EDM), une expression traduite directement de l’anglais qui prête à confusion. En effet, elle ne vise pas la gravité de la pathologie, mais s’attache aux symptômes. L’épisode dépressif majeur (EDM) correspond à la survenue au cours de l’année d’une période de 15 jours de tristesse ou de perte d’intérêt toute la journée et chaque jour. Il faut encore qu’il soit accompagné d’au moins trois symptômes secondaires (variation de poids, problèmes de sommeil, fatigue inexpliquée, difficultés de concentration, pensées morbides) et d’une perturbation des activités. Bien sûr, il est difficile de savoir à partir de quel moment on passe de la tristesse à la vraie dépression. Il existe deux sources de critères dans la littérature internationale : le DSM, manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux rédigé par l’association américaine de psychiatrie (plus de 1 000 pages) et la Classification internationale des maladies de l’OMS (CIM-10), elle-même très inspirée du DSM.
Guider les politiques
Si les classifications du DSM et de l’OMS sont indispensables aux professionnels, le profane doit avant tout apprendre à faire la part des choses entre une vague tristesse et un EDM. Selon le Pr Rouillon, qui est à la fois clinicien à l’hôpital Sainte-Anne (Paris) et épistémologue, la dépression se caractérise d’abord par des symptômes durables (pendant deux à trois semaines). Elle se traduit par une vraie souffrance et pas seulement un simple vague à l’âme. Enfin, elle a un fort retentissement sur la vie du sujet, pouvant aller jusqu’au handicap. Tout le monde peut se trouver un jour déprimé, note le Pr Rouillon. Toutes les catégories socioprofessionnelles sont touchées. Une étude européenne récente avait montré un net décalage entre le nombre de personnes qui déclarent souffrir de symptômes dépressifs et le nombre de personnes qui consultent. Plusieurs explications sont avancées. D’abord, les maladies mentales sont encore taboues. Ensuite, elles touchent au cerveau et chacun a peur de perdre la raison. Pour finir, la psychiatrie a, chez certains, une mauvaise image et l’offre des soins est hétérogène (inégalités régionales, multiplicité des approches). « Il est important d’avoir des mesures fiables de la santé mentale. La différence entre les chiffres des deux études nous avait étonnés », reconnaît Christine Chan Chee. Les statisticiens de l’InVS ont donc vérifié que les écarts ne remettent pas en cause la validité des deux enquêtes. Ce type d’outil épidémiologique est indispensable pour guider les politiques de santé publique. L’InVS devrait prochainement mener des études auprès de plusieurs populations d’enfants, de personnes âgées se trouvant en maison de santé et de SDF parisiens.
De nouveaux médicaments contre la dépression
Des dérivés de la mélatonine, une hormone à la réputation jadis sulfureuse, arrivent prochainement sur le marché. Les dépressifs et les insomniaques devraient bientôt bénéficier de nouveaux traitements dérivés d’une même molécule, la mélatonine. Naturellement produite par l’organisme, essentiellement par une glande du cerveau (l’épiphyse), la mélatonine est une hormone sécrétée pendant les périodes d’obscurité. Elle intervient dans les processus d’endormissement et la synchronisation des cycles de sommeil. Très médiatisée dans les années 1990, elle avait été hâtivement qualifiée de pilule « miracle » pour ses vertus supposées contre le jet lag, le vieillissement, les cancers… Depuis, peu de ces effets ont été confirmés. Et les gélules en vente libre outre-Atlantique ont été déconseillées par les autorités françaises.
Cette réputation sulfureuse est en train de changer avec l’arrivée de dérivés de la mélatonine mis au point par plusieurs laboratoires pharmaceutiques.
C’est le cas de l’agomélatine , un antidépresseur original qui agit aussi sur les troubles du sommeil. « Dans les études cliniques, l’agomélatine s’est montrée aussi efficace, voire plus que les meilleurs antidépresseurs, indique le psychiatre Patrick Lemoine (Lyon), qui a mené certains de ces essais. Par ailleurs, elle améliore le sommeil après seulement trois ou quatre jours de traitement. » . En juil-let 2006, l’Agence européenne du médicament (EMEA) avait refusé l’autorisation de mise sur le marché (AMM) à l’agomélatine, faute de données suffisantes, notamment sur les effets de traitements prolongés. L’autorisation serait désormais imminente. « Si l’agomélatine fait aussi bien après l’AMM que lors des essais, ce sera une petite révolution dans la prise en charge des dépressions », assure Patrick Lemoine. Le praticien reste prudent, rappelant que certains médicaments prometteurs, lors des études cliniques, se sont révélés décevants lors d’un usage plus large, les malades n’étant plus alors triés sur le volet. Souvenons-nous, il y a quelques mois, des médicaments antidépresseurs, présentés pendant des années comme révolutionnaires, ont fait l’objet d’une polémique majeure sur la réalité de leur efficacité en cas de dépressions légères et modérées.
Combinaison de deux actions
Reste à savoir comment agit précisément ce dérivé de la mélatonine. C’est ce que tente d’élucider le Dr Ralf Jockers (chercheur au département de biologie cellulaire de l’Institut Cochin, Paris). « Cette molécule est plus stable que la mélatonine, qui est vite dégradée dans le sang. Surtout, elle agit à la fois sur des récepteurs de la mélatonine, qu’elle active, et sur des récepteurs de la sérotonine, qu’elle bloque », explique-t-il. Selon Ralf Jockers, c’est probablement la combinaison de ces deux actions qui améliore les troubles de l’humeur, la mélatonine n’ayant par elle-même pas d’effet antidépresseur.
L’objectif final de ses travaux, financés en partie par la Fondation pour la recherche médicale, est de préparer le terrain à une nouvelle génération de molécules encore plus performantes. Parallèlement, d’autres dérivés de la mélatonine arrivent sur le marché pour traiter les insomnies. « Ce ne sont pas des somnifères, mais des molécules qui aident à trouver le sommeil au bon moment et structurent le rythme veille-sommeil », précise Ralf Jockers.
Un premier produit, le Circadin (laboratoires Lundbeck), est déjà dis—ponible depuis peu en pharmacie. Mais cette mélatonine à libération prolongée, pour l’instant non remboursée, n’est pas encore très connue. Elle est destinée aux plus de 55 ans, un âge où la production de mélatonine diminue de façon drastique. Une deuxième molécule, commercialisée aux États-Unis, est en attente d’autorisation en Europe. Le rameltéon (laboratoires Takeda) est lui un agoniste des récepteurs à la mélatonine, qui mime les effets de l’hormone. Selon une récente publication du journal scientifique Drug Research, il augmente la qualité et la durée du sommeil, et diminue la temps d’endormissement, sans effet résiduel ni addiction. Si l’on en croit, en revanche, la revue Prescrire, le rameltéon n’est guère plus efficace qu’un placebo, et l’on note que des effets cancérigènes ont été constatés chez l’animal.
lopinion.ma
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