Des mises en garde régulières pourraient laisser croire que les médicaments sont plus dangereux qu'efficaces. Gare aux amalgames.
Il est difficile aujourd'hui d'ouvrir son armoire à pharmacie sans jeter un regard suspicieux à toutes les boîtes de médicaments qui s'y trouvent. Des listes de médicaments dangereux ou sous surveillance sont régulièrement publiées. La semaine dernière encore, la commission d'autorisation de mise sur le marché a recommandé le retrait de l'indication d'un produit contre les nausées (Primperan*, Sanofi et génériques) chez les enfants, en raison de ses effets secondaires. Réaction de Pascal Brossard, le président de l'Afipa (qui regroupe les industriels du médicament de l'automédication), qui défend - logiquement - l'industrie pharmaceutique alors que les laboratoires sont en plein dans la tourmente.
La multiplication des alertes sur les médicaments prouve-t-elle que les industriels ont pu commercialiser, pendant des années, des traitements dangereux ?
Pascal Brossard : Non, les industriels ont mis sur le marché de bons médicaments, avec un rapport bénéfice-risque positif. C'est d'ailleurs pourquoi ils ont été acceptés dans tous les pays. La vraie question est de savoir pourquoi en France on s'interroge plus que dans les autres pays. La réponse est le plus souvent politique, puisque nous ne sommes pas génétiquement différents de nos voisins et que les agences du médicament des autres pays ne sont ni meilleures ni moins sérieuses que la nôtre. Clairement, les objectifs de cette chasse aux sorcières organisée contre l'industrie pharmaceutique ne sont pas d'ordre médical.
Aujourd'hui, d'éventuels liens entre tel médicament et tel effet secondaire sont énoncés avant même que ces relations soient - ou non - scientifiquement prouvées. Or, tant que l'enquête n'a pas abouti, il n'y a rien à dire. L'exemple d'un antidiabétique, suspendu dans notre pays depuis juin, mais accepté par l'Agence européenne du médicament, augmente la confusion et renforce la stigmatisation des médicaments en France, qui est néfaste pour tout le monde.
Les médecins ne sont-ils pas responsables de la crise actuelle, en ayant prescrit trop de médicaments, y compris en dehors de leurs indications strictes ?
Non, dans la majorité des cas les médecins ont prescrit des produits dans les indications recommandées. Le problème Mediator ne concerne que les Laboratoires Servier et l'Afssaps (Agence du médicament). Je ne vois pas pourquoi cela entraîne une mise sur la sellette de tous les autres produits.
Il faut savoir que de nouveaux produits arrivent régulièrement, rendant les plus anciens moins intéressants, mais pas dangereux pour autant. Et que tous les produits qui sont devenus accessibles à l'automédication ont été considérés comme sûrs, par définition. Il faut donc accepter le progrès sans pour autant dénier ce qui était proposé auparavant.
Selon vous, une meilleure information des patients serait la clé d'une bonne automédication ?
Oui, quand on voit que seul le tiers des patients lit la notice avant de consommer un médicament, on peut se poser des questions... Certes, il faut simplifier ces documents, mais cela prend beaucoup de temps pour les faire accepter par Afssaps. L'Afipa se bat aussi pour une meilleure information des Français. Pour nous, une vraie automédication responsable implique un programme d'éducation et de formation des patients. Ce n'est surtout pas à l'industrie pharmaceutique de le faire. Nous demandons la mise en place de programmes d'éducation pour la santé intégrés dans les programmes scolaires et réalisés par des professionnels de santé avec les enseignants, notamment pour les pathologies courantes.
Source : lepoint.fr
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