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Formation des infirmiers : vers une prise de position sur l'universitarisation dans les pays francophones

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Une véritable transformation de la formation des infirmières et infirmiers s’impose si l’on veut contribuer de façon significative aux soins de santé de l’avenir. La complexité des besoins de santé des populations, l’évolution rapide des connaissances et des technologies nécessitent une réorganisation des systèmes de santé et un élargissement des rôles professionnels. Un nouveau partage des responsabilités entre les principaux acteurs, médecins, infirmières et infirmiers, s’impose. Dans plusieurs pays du Nord, l’introduction de rôles infirmiers avancés permet de maximiser la qualité des soins, la collaboration interprofessionnelle et favorise une meilleure utilisation des compétences médicales.

Un tel repositionnement du rôle professionnel infirmier passe par l’universitarisation de la formation au niveau des 1er, 2e et 3e cycles d’études. Un système de santé qui investit dans l’expertise infirmière fait un choix éclairé et porteur de solutions à moyen et long termes. L’agir-expert fait une différence pour la sécurité des patients, la qualité des soins, la satisfaction des patients et du personnel, la bonne gouvernance et la maîtrise des coûts. Au premier plan, c’est le public qui est bénéficiaire et le système de santé a tout à gagner de l’expertise de l’infirmière qualifiée. Efficacité et efficience sont au centre de différentes études dont celles, notamment de L. Aiken[1] qui démontrent la plus-value de l’expertise infirmières dans les services de soins. Ainsi, un effectif infirmier formé au niveau universitaire influence positivement différents paramètres tels le taux d’infections iatrogènes, la mortalité post-opératoire, le niveau d’antalgie et de bien-être des patients, les complications, la durée des hospitalisations, le nombre de ré-hospitalisations, etc… Nous pouvons dès lors affirmer que l’efficience, la sécurité, et l’efficacité des services de soins sont très fortement influencées par le service infirmier et le niveau de formation des infirmières. La même corrélation est possible au niveau économique et certaines études[2] démontrent clairement que l’engagement d’infirmières formées au meilleur niveau n’est pas un coût supplémentaire mais un investissement fructueux. La formation universitaire et la recherche infirmière sont à l’évidence de nature à contribuer à de tels objectifs et ceux-ci devraient être explicitement poursuivis dès lors que l’OMS (2005) estime que les évènements indésirables consomment 10% des coûts généraux de la santé, ce qui semble même relativement sous-estimé si l’on admet, avec l’OMS, qu’un patient sur dix serait victime d’erreurs iatrogènes évitables.

Les soins de santé de l’avenir requièrent donc des approches fondées sur les bonnes pratiques et les évidences scientifiques formalisées par la recherche. Devenus une profession à part entière, les soins infirmiers sont responsables d’assurer une relève compétente, la formation des futurs professeurs et celle des chercheurs en sciences infirmières; ceci est indissociable d’une filière universitaire complète de 1er, 2e et 3e cycles d’études en sciences infirmières. Malgré une tendance au rehaussement de la formation des infirmières et infirmiers dans le monde, force est de constater que plusieurs pays de la Francophonie font preuve d’un retard à souscrire aux normes internationales. Une étude récente démontre que la formation initiale est hétérogène : les niveaux d’études, la durée des programmes et l’appellation des diplômes diffèrent d’un pays à l’autre.  La formation aux trois cycles d’études universitaires en sciences infirmières n’est pas accessible dans plusieurs pays francophones.

Mais attention! L’universitarisation de la formation infirmière ne peut être réalisée par la grâce d’un simple décret gouvernemental; il s’agit d’un véritable processus de transformation qui implique des efforts longs et soutenus, notamment afin :

-       de former un corps professoral en sciences infirmières

-       de disposer d’enseignants titulaires d’un Master ou d’un Ph.D.

-       de développer la recherche disciplinaire et interdisciplinaire, avec un fort accent clinique

-       d’identifier les défis sanitaires à venir afin d’adapter le profil de compétences et ainsi préparer la relève infirmière dans tous ses champs d’action

-       de maintenir un lien très fort et des buts communs entre les hautes écoles et les milieux cliniques.

Il n’y a pas de professionnalisation sans accès à une autonomie d’action qui repose, entre autre, sur un corpus de savoirs disciplinaires; la recherche est donc la pierre angulaire d’un tel processus et il n’est pas inutile de rappeler que l’un des premiers programmes de doctorat (Ph. D.) en Nursing a débuté aux USA à la New York University en 1934 et que le premier périodique de recherche scientifique Nursing Research parut en 1952.

La réforme de Bologne a suscité passablement de transformations dans l’organisation des études infirmières et les réponses apportées sont différentes d’un pays européen à l’autre. De son côté, la Suisse a créé une nouvelle voie universitaire (Hautes Ecoles Spécialisées) pour y intégrer les « nouveaux domaines » (ingénierie, art, économie, design puis, dans un second temps, travail social, professions de la santé et arts) accédant au niveau universitaire classé CITE 5A ; cette solution a permis de mettre en place des études de 2e cycle ainsi que, pour les sciences infirmières, une voie de 3e cycle (doctorat) au sein de l’Université de Lausanne. D’autres pays ont opté pour une universitarisation de 1er cycle uniquement, en maintenant des écoles d’infirmières sous contrôle des facultés de médecine (France par exemple), sans réelles perspectives de recherche disciplinaire et donc, de formation de chercheurs. Quant à Belgique, l’entrée dans le système de Bologne s’est réalisée en dehors de l’université (niveau CITE 5B).

Ces quelques constats démontrent que les pays francophones européens ont accumulé un sérieux retard en matière de professionnalisation de l’exercice infirmier. L’Afrique francophone souffre également d’un accès quasi impossible aux études universitaires et, à l’est, il faut se déplacer jusqu’au Liban pour découvrir des programmes universitaires de 1er et 2e cycle en français. Le SIDIIEF, très actif dans la promotion des sciences infirmières en francophonie,  constate que les pays du Commonwealth, les pays hispanophones et les pays scandinaves ont développé une forte avance dans la formation universitaire en sciences infirmières et sont reconnus mondialement. Il importe maintenant que les sciences infirmières puissent rayonner en français, que les professeurs puissent accéder aux groupes internationaux de recherche, que la mobilité des étudiants soit favorisée au sein de la Francophonie, que des alliances entre les universités puissent être consolidées et tout simplement, que les curriculums puissent s’internationaliser.

Pour combler un tel retard, le SIDIIEF se montre actif et résolu; il en appelle aux gouvernements concernés pour prendre des mesures devenues maintenant urgentes. Il s’appuie sur l’appel convergent des grandes organisation internationales que sont le Conseil International des Infirmières (CII), l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE), l’Organisation Mondiale de la santé (OMS), l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO) et l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).La formation universitaires de 1er, 2e et 3e cycle n’a que trop tardé alors que, de toute évidence, les réponses aux grands défis de la santé dans le monde y sont intimement liées.

Un texte préliminaire sur les Enjeux de l’accès et du positionnement de la formation universitaire de 1er, 2e et 3e cycles pour les infirmières et infirmiers de la Francophonie est disponible à : http://www.sidiief.org

Jacques Chapuis
Directeur de l'Institut et Haute Ecole de la Santé Bachelor en soins infirmiers et formation postgrades -  Lausanne, Suisse
Vice-Président du Secrétariat International Des Infirmières et Infrmiers de l'Espace Francophone, Montreal, Quebec

 

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