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L'OMS s'attaque aux maladies chroniques

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On sait comment faire diminuer le nombre de maladies chroniques dans le monde, telles que les maladies cardio-vasculaires, certains cancers ou le diabète, mais faire changer les habitudes tant des gouvernements que des populations s'avère une entreprise plus délicate. C'est tout l'enjeu d'un sommet qui se tient lundi et mardi aux Nations unies, à New York.

Dimanche, l'OMS a émis 14 propositions qui, selon l'Organisation, pourraient sauver des millions de personnes. La facture pour les pays en développement s'élèverait à 11,4 milliards de dollars par an, un chiffre difficile à atteindre en période de crise.

Les maladies non infectieuses tuent environ 36 millions de personnes chaque année, en majorité dans les pays pauvres. Partout, excepté en Afrique, elles tuent plus de monde que les maladies infectieuses comme le Sida ou la tuberculose. Et l'OMS estime que d'ici à 2030, même en Afrique, le nombre de cas de maladies chroniques sera supérieur à celui des maladies infectieuses, notamment le Sida.

Le document préliminaire de la réunion des Nations Unies fait de la prévention la pierre angulaire de la réponse mondiale. Pourtant, il n'existe aucun engagement de la part des industriels pour combattre ce problème, pas plus que de promesses de financement.

Les efforts entrepris précédemment dans la lutte contre les maladies infectieuses ont conduit à des stratégies spécifiques, comme la campagne lancée pour lutter contre le paludisme et obtenir des moustiquaires pour toutes les personnes qui en ont besoin d'ici 2015.

Par opposition, le document des Nations unies relatif aux maladies chroniques appelle simplement à des choix qui seront soumis d'ici la fin 2012 et annonce la tenue d'une réunion d'évaluation en 2014. Toutes les recommandations de l'OMS sont peu coûteuses, leur coût moyen étant de moins d'un euro par personne et par campagne. L'agence onusienne propose notamment d'augmenter les taxes sur le tabac et l'alcool, de convaincre l'industrie agro-alimentaire et les consommateurs de diminuer la quantité de sel dans les aliments, et de sensibiliser le public à l'hygiène alimentaire et aux bienfaits de l'exercice physique.

Elle suggère par ailleurs de fournir des médicaments génériques pour les diabétiques et les personnes à risque d'infarctus et d'accident vasculaire cérébral. De dépister et de traiter rapidement les lésions précancéreuses du cancer du col de l'utérus, et d'étendre le vaccin contre l'hépatite B dans le cadre de la prévention du cancer du foie.

"Comparé à certaines des interventions les plus rentables comme la vaccination, c'est une très bonne affaire", estime Dan Chisholm, expert de l'OMS sur ce dossier, qui souligne que le rôle de l'agence onusienne se limite au conseil. "Nous ne pouvons pas contraindre les gouvernements", résume-t-il.

Même dans les pays riches, les efforts pour combattre les maladies chroniques ne sont pas légion. L'Europe se situe au premier rang mondial dans le domaine des problèmes liés à l'alcool, et pourtant, dans les pays producteurs de vin, notamment l'Italie, l'Espagne et le Portugal, il n'existe pas de taxe sur le vin. Au Royaume Uni, les autorités sanitaires ont mis en garde contre les dangers du "binge drinking", ou "saoulerie express" en français, et déplorent l'augmentation du nombre de cirrhoses liées à la consommation d'alcool. Mais, jusqu'à maintenant, le gouvernement s'est refusé à limiter la vente d'alcool ou à augmenter les taxes.

Combattre l'obésité n'y est pas plus facile. Ainsi la tentative de Jamie Oliver, le célèbre chef britannique, d'introduire une nourriture diététique dans les écoles s'est soldée par un échec, notamment par le boycott de la cafétéria par les enfants et même par l'introduction de pizzas et autres frites dans l'enceinte de l'école par certains parents.

Pour Martin McKee, expert en santé publique de l'Ecole d'hygiène et de médecine tropicale de Londres, les pays pauvres sont encore moins désireux de contrôler la consommation d'alcool, de tabac et de nourriture. "Les pays en développement font l'objet de plus de lobbying de la part des industriels et y trouvent aussi leur intérêt, ce qui n'est pas bon pour le citoyen", estime-t-il.

Dans certaines régions d'Asie, du Moyen Orient et d'Europe orientale, les géants du tabac, notamment Philip Morris, ont travaillé à fragiliser la législation sur la tabac, et ont proposé de rédiger le code fiscal de ces pays.

Pour Sophie Harman, spécialiste de santé publique à la City University de Londres, de nombreux pays ne veulent pas devenir des pays pour "mamies" qui surveillent de près la nourriture, la boisson et l'exercice de leurs citoyens. "S'occuper de maladies chroniques demande un changement de comportement et la plupart des pays sont mauvais dans ce domaine parce que c'est compliqué", déplore-t-elle.

Source : AP

 

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