Souvent pointés du doigt et accusés d'être à "l'origine du mal" dans les hôpitaux publics (laxisme et corruption aidant), infirmiers et autre personnel médical donnent leurs versions des faits.
Quand nous parlons des hôpitaux publics marocains, nous sommes obligés de passer automatiquement par la case indignation. Et pour cause, une réalité qui frôle parfois la «science fiction» s'offre à nous. Racontées par les principaux protagonistes, les vérités relatées sont pour le moins choquantes. Un lit pour trois femmes qui viennent d'accoucher, des heures d'attente interminables en urgence, un matériel qui ne bénéficie pas de suivi technique... Ce sont là quelques-unes des grandes problématiques qui secouent nos hôpitaux publics.
Imane confie son dégoût face à son quotidien d'infirmière. «A mon sens, il y a un sévère manque de conscience qui sévit au sein de nos hôpitaux publics. On ne sait pas d'où vient exactement le dysfonctionnement, des infirmiers ou du ministère. Ce qui est sûr, c'est que la responsabilité est partagée». Et d'ajouter que malgré les efforts du ministère en ce sens, la réalité du terrain reste un peu plus complexe. A titre d'exemple, Imane souligne: «Avec la nouvelle loi stipulant que les femmes qui viennent d'accoucher doivent être prises en charge 48 heures au lieu de 24 heures, une nette insuffisance litière au sein des maternités a été constatée».
De son côté, Yasmine, infirmière au sein d'un grand hôpital parle de période d'attente trop longue pour recevoir les soins. «J'ai moi-même été témoin de plusieurs cas de décès par négligence. Les gens passent trop de temps à attendre leur tour et cela peut dans certains cas causer la mort du patient» déclare-t-elle.
Tout un ensemble de problèmes qui fait que les hôpitaux publics soient aussi peu performants et jouissent d'une réputation qui laisse à désirer auprès des citoyens.
Ainsi, de plus en plus de malades, avec un peu plus de ressources financières, préfèrent se faire soigner dans les cliniques privées. Pour en savoir plus, nous avons posé la question à Samira, une infirmière de la ville de Casablanca qui travaille dans les deux secteurs privé et public. «Dans la journée, je travaille dans une clinique privée et le soir je fais la garde dans un hôpital public. De par mon expérience, je pense que le travail dans le secteur privé est beaucoup plus intéressant pour moi, sans compter bien sûr l'attrait que représente le salaire».
Cette façon de voir les choses semble être en concordance avec ce qu'on peut observer sur le terrain. De plus en plus d'infirmières qui choisissent d'exercer au sein de cliniques privés, viennent ensuite «se reposer» dans les hôpitaux publics où généralement elles finissent leurs journées. «Il y a une désorganisation croissante au niveau de la gestion des ressources humaines. J'ai moi-même été témoin de complications dans certains cas où le médecin ou l'infirmière ne veulent pas ou tardent à faire leur travail comme il se doit», affirme Imane.
Pour le docteur Oudghiri, médecin à l'hôpital Omar Sekkat à Rabat, «l'hôpital public est malheureusement confronté à un manque de matériel et de moyens humains. Nous sommes souvent obligés d'envoyer certains de nos malades à des cliniques privées, et ce, par manque de moyens», explique-t-il.
Essentiellement, le manque de personnel médical est souvent relaté. «Il y a une pénurie d'infirmiers et de médecins spécialisés.
Les infirmiers qui partent en retraite ne sont pas remplacés», confie docteur Oudghiri. Et d'ajouter qu'actuellement "on se retrouve avec 2 infirmières pour 30 malades. L'une d'entre elles travaille la journée alors que l'autre prend le relais le soir».
Une situation qui est à l'origine de beaucoup de maux qui apparaissent dans notre système de santé, dont la «démotivation» croissante du personnel. «Avec un salaire de misère qui se situe entre 2.500 et 3.500 dirhams au maximum, un infirmier doit s'occuper de 30 malades alors qu'en principe il ne devrait prendre en charge que 5 à 10 patients, la moyenne pour donner des soins de qualité», s'indigne docteur Oudghiri.
Les faits sont donc là. Les hôpitaux publics marocains laissent à désirer: faiblesse des structures d'accueil, manque d'équipements et de personnel et surtout «corruption» qui peut frôler à bien des égards l'inhumanité. En témoigne le cas d'une jeune femme qui a accouché par voie basse et que l'infirmière a «refusé» de recoudre parce qu'elle n'a pas donné de bakchich. «J'ai dû faire le travail de cette infirmière», dit Imane.
Infections dites «nosocomiales»
Concernant l'état des lieux des hôpitaux, on est souvent confronté à la problématique de l'hygiène. En pratique, un ensemble de procédures est en principe destiné à éliminer le nombre de micro-organismes en contact avec les patients, le matériel ainsi que l'équipe médicale. Selon des études de l'OMS, la prévalence de ce type d'infections dans les hôpitaux augmente surtout dans les services chirurgicaux et de réanimation. Elle serait de l'ordre de 43% et elle concerne en grande partie le service de l'Urologie. Intervention chirurgicale, sondage urinaire et durée d'hospitalisation dépassant les trois semaines sont des facteurs qui favorisent les infections «nosocomiales». Pour parer à toute possibilité de «contagion» dans l'enceinte des hôpitaux, un comité de lutte contre les infections nosocomiales a été mis en place dans chaque hôpital pour suivre et réaliser des comptes rendus mensuels de la situation hygiénique. Or cette forme de contrôle n'existe que sur papier. Il faut bien dire que l'hygiène dans les hôpitaux est une affaire collective qui doit être gérée et par les responsables et par le ministère. Ce dernier devrait mettre en place des organismes performants pour mieux identifier les pratiques qui sont à l'origine de ses infections contractées à l'hôpital.
Repères
Avancée
*- Des efforts ont été fournis par le ministère de la Santé concernant la gratuité des médicaments et la mise à niveau des plateaux techniques.
*- Pénurie
*- L'équipement et les structures hospitalièrs sont très en deçà des besoins et de la demande.
Source : lematin.ma
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