Le milieu rural a été longtemps le parent pauvre de toute stratégie nationale en matière de santé. Aussi bien pour la qualité des services rendus que pour leur répartition géographique, de grandes disparités sont relevées entre le monde urbain avantagé et le monde rural encore marginalisé.
Trois ans après le lancement de la stratégie nationale de la santé 2008-2012 intégrant un plan spécifique au monde rural, le ministère fait le point à l'occasion de la première rencontre nationale sur la santé en milieu rural tenue mardi 19 avril à Rabat. Lors de cette rencontre faisant participer des élus, des représentants de la société civile et d'organisations internationales, la ministre de la Santé, Yasmina Baddou, s'est employée, chiffres à l'appui, à défendre le bilan de l'action de son département pour l'amélioration des indicateurs de santé dans le Maroc profond. Ainsi, en ce qui concerne l'infrastructure de base, force est de constater que le milieu rural est mieux loti que celui urbain. Il s'accapare 74% de l'ensemble des 2.630 établissements de soins existants à l'échelle nationale.
Avant la fin de l'année 2012, il est prévu la construction de 59 nouveaux établissements, la reconstruction de 49 autres, la réhabilitation de 44 et la construction de 265 logements de professionnels de la santé. Par ailleurs, il a été procédé au renforcement des équipements des établissements de santé par l'acquisition notamment de mini-analyseurs et d'échographes. «De plus, il est à souligner que le ministère de la Santé a procédé au recrutement de 350 médecins généralistes, ce qui représente 46% des médecins recrutés et 1.506 infirmiers, soit 44% des infirmiers affectés en milieu rural», précise la ministre. Pour ce qui est de l'impact de ces actions, le docteur Khaled Lahlou, directeur de la population au ministère de la Santé, note une amélioration tangible des indicateurs de la santé infantile en milieu rural qui a permis de passer d'un taux de mortalité néonatale de 55 pour chaque 1000 naissance à un taux de 35 entre 2004 et 2010. Malgré ces avancées, le manque de ressources humaines qualifiées au niveau des structures sanitaires constitue une préoccupation majeure. «C'est un défi essentiel à relever», souligne M. Lahlou. «Pour y arriver, ajoute-t-il, il nous faut des professionnels de santé polyvalents et multidisciplinaires».
A cette contrainte s'ajoutent d'autres relatives à l'éloignement géographique et aux conditions climatiques sévères qui rendent difficile l'accès aux établissements de soins primaires. En effet, les statistiques du ministère de la Santé montrent que 25% de la population rurale se trouvent à plus de 10 kilomètres d'un établissement de santé et 43% à plus de 6 kilomètres. Pour garantir un meilleur accès aux soins, le ministère table sur les soins de proximité, dispensés notamment par les équipes médicales mobiles ainsi que par les caravanes médicales, lesquelles sont considérées comme une composante essentielle du système de soins en milieu rural. Ainsi, dans le cadre d'une stratégie dédiée à la couverture sanitaire mobile, il a été procédé à la normalisation de la caravane médicale et à la mise en place d'un comité national chargé d'arrêter un programme national en la matière sur la base des besoins exprimés par les régions. Outre l'axe de l'amélioration de la couverture sanitaire mobile dite de proximité, le plan de santé rurale comporte un autre axe relatif à l'amélioration de la couverture sanitaire fixe à travers trois mesures phares.
«Il s'agit d'évaluer les besoins en matière de construction de nouvelles structures sanitaires en respectant le schéma d'organisation de l'offre de soins, de renforcer la disponibilité des ressources humaines et leurs compétences au niveau des structures sanitaires de base par la mise en œuvre d'un plan de formation continue et d'améliorer la qualité des soins en renforçant le plateau technique et la disponibilité des médicaments nécessaires», précise Yasmina Baddou. Dans le troisième axe, il est question de développer le partenariat avec les collectivités locales pour la mise en œuvre du plan, notamment dans son volet spécifique à la santé maternelle et infantile.
Contribution de l'INDH
Basée sur les valeurs de l'entraide et de la solidarité avec les personnes en situation de vulnérabilité, l'Initiative nationale pour le développement humain place le bien-être de la population rurale au rang de ses priorités. C'est ainsi qu'elle coopère depuis 2006 avec le ministère de la Santé pour l'amélioration des indicateurs sanitaires dans les zones rurales. Ses actions se sont soldées par la mise en place de 878 projets qui ont touché 429.000 ruraux pour un coût de 566 millions de dirhams. Ces projets ont porté notamment sur la construction de 88 unités sanitaires et de 44 dispensaires ruraux, l'acquisition de 307 ambulances, l'organisation de caravanes médicales de lutte contre la cataracte et de distribution de lunettes médicales, et la formation de 18.000 accoucheuses professionnelles.
Sur le volet des contraintes, Nadira El Guermaî, gouverneure coordinatrice de l'INDH, signale le manque des ressources humaines qualifiées et le déséquilibre existant entre la croissance démographique rapide en milieu rural et l'offre de soins.
Repères
Etablissements de santé en milieu rural :
Dispensaire rural : il représente l'unité sanitaire de premier recours, non médicalisée, offrant des services de base (promotion, prévention et soins). Il assure les consultations paramédicales, les soins infirmiers et la prise en charge des urgences.
Centre de santé communal : implanté au chef-lieu de la commune, il assure outre les soins dispensés par le dispensaire rural, des activités de protection de la santé maternelle et infantile, de surveillance épidémiologique et la prise en charge des maladies chroniques. Il assure aussi l'encadrement des dispensaires ruraux qui lui sont rattachés.
Centre de santé communal avec module d'accouchement : se trouvant au chef-lieu du Caïdat, il offre à côté des services de santé ordinaires, des services ciblant la mère et l'enfant : suivi du déroulement de la grossesse, dépistage des grossesses à risque, surveillance de la croissance des enfants de moins de 5 ans et campagnes de sensibilisation.
Source : lematin.ma
| < Précédent | Suivant > |
|---|






