«Le droit à la santé, entre les engagements internationaux du Maroc et la réalité», c’est le thème d’une table ronde qui organisée, le mardi 3 mai à l’hôtel Barcelo à 16h30, par l’association Marocaine de la presse médicale en partenariat avec Amnesty Maroc.
• Le système de couverture médicale au Maroc doit respecter les principes d’égalité, solidarité et équité
• La garantie d’une bonne qualité des services de santé revêt une importance capitale car il s’agit d’un «droit» acquis pour tous les citoyens, y compris les bénéficiaires du «Ramed»
• La qualité de ces services de santé doit être la même que pour les affiliés de la CNSS et de la CNOPS
Au moment où la mise en œuvre du développement humain et social devient une priorité au Maroc, l’amélioration de la couverture médicale en est une condition sine qua non. D’où l’importance de cette rencontre qui animée par le Pr Mohamed Sektaoui, DG d’Amnesty International, section Maroc.
La garantie d’une bonne qualité des services de santé revêt une importance capitale. Il s’agit d’un «droit» acquis pour tous les citoyens, y compris les bénéficiaires du Ramed.
Pour ces derniers, la qualité des services de santé doit être la même que pour les affiliés de la CNSS et de la CNOPS. En effet, la généralisation du Ramed devrait favoriser l’instauration des principes d’égalité, de solidarité et d’équité. C’est pour cela qu’il faut prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir la réussite de cette bonne initiative.
A signaler que le système de santé marocain est un système à deux vitesses. Mais, il n’est plus acceptable aujourd’hui de permettre la création d’espaces de santé isolés sous forme de «ghettos sanitaires» à travers la généralisation du système au Maroc, sans évaluations, ni procédures, ni actions correctives continues. Il faudra donc faire attention à ne pas favoriser une couverture médicale à deux vitesses après la généralisation de ce système au niveau national.
Cette rencontre, qui connaîtra la participation des membres de l’association Marocaine de la presse médicale, vise l’enrichissement du dialogue sur ces orientations stratégiques du pays en focalisant la réflexion sur le principe de la «santé pour tous» et son d’application sur le terrain, au niveau national et international ainsi que les moyens susceptibles de permette à tous les citoyens d’y accéder dans les meilleures conditions.
Résumé de l’intervention du Pr Mohamed Sektaoui
Le droit à la santé, c’est le droit s’accéder au «plus haut niveau possible de santé physique et morale», tout en prenant en considération la dimension héréditaire de l’individu et les choix de style de vie. Ainsi que le niveau de compréhension scientifique et le maximum de ressources disponibles pour l’Etat. Ce droit comprend les libertés (comme le droit de disposer de sa santé et son corps) et les droits (comme l’égalité de l’accès aux soins de santé). Il est composé de deux éléments fondamentaux : les conditions de vie et de santé et les soins de santé.
Le comité des droits économiques, sociaux et culturels a adopté une observation générale sur le droit à la santé. Il s’agit: d’«un droit global qui comprend non seulement la prestation de soins de santé appropriés en temps opportun, mais aussi les facteurs fondamentaux déterminants de la santé, tels que l'accès à l'eau salubre et potable et à l'assainissement, l'accès à une quantité suffisante d'aliments sains, la nutrition et le logement, l'hygiène du travail et du milieu et l'accès à l'éducation et à l'information relatives à la santé, notamment la santé sexuelle et génésique. Autre volet important : la participation des populations dans le processus de prise de décision concernant la santé au niveau local, national et international.»
Afin d’expliquer les engagements du droit à la santé, le comité a fixé les éléments suivants :
• Il doit exister suffisamment d'installations, de professionnels formés et de médicaments de base
• Les installations, biens et services en matière de santé doivent être accessibles, physiquement et économiquement, à toute personne sans discrimination
• Les installations, biens et services en matière de santé doivent être respectueux de l'éthique médicale, appropriés sur le plan culturel, et réceptifs aux exigences spécifiques liées au sexe et aux différents stades de la vie.
• Les installations, biens et services en matière de santé doivent également être scientifiquement et médicalement appropriés et de bonne qualité. Ce qui nécessite entre autres des professionnels de médecine de qualité, des médicaments agréés scientifiquement et leur date de validité respectée, ainsi que du matériel pour les hôpitaux , de l’eau potable et toutes les raccordements sanitaires nécessaires.
Parmi les possibles violations du droit à la santé figurent :
• La rétention d’informations nécessaires sur la prévention d’une maladie ou d’une invalidité, ou son traitement ou la diffusion délibérée de fausses informations
• La distribution de matières nocives
• L’absence de contrôle de l’activité d’entreprises dont les produits génèrent des effets nocifs à la santé
• L’absence d’un plan détaillé pour réaliser un minimum des engagements nécessaires concernant le droit aux soins de santé.
Le rapport de l'ONU sur la santé souligne le droit de chacun au plus haut niveau de santé physique et mentale et aide à mieux appréhender le principe de droit à la santé, y compris la santé sexuelle, reproductive et mentale. Selon ce rapport récent, plus de 450 millions de personnes dans le monde sont atteintes d’une forme ou une autre de problèmes mentaux et plus de 90% des pays n’ont pas de politique en matière de santé mentale chez les enfants. Alors que 40% des pays n’ont aucune politique en ce qui concerne la santé mentale en général. Le rapport déplore également le fait que les droits des personnes atteintes de troubles mentaux soient bafoués y compris le droit à l’égalité, à l’enseignement, au travail, à l’intimité, au logement et à la liberté. Ce rapport a aussi examiné le lien entre le droit à la santé et l’agenda de l’OMC. En effet, plusieurs accords commerciaux entravent la production de médicaments génériques et élargissent les limites de la protection de la propriété intellectuelle. Résultat : des médicaments plus coûteux et inaccessibles pour les pauvres, en l’absence d’une subvention efficace de l’Etat. Les Etats exercent de plus en plus une pression afin d’exclure la santé générale du domaine de protection de la propriété intellectuelle pour fournir les médicaments de base. Mais, cette exception n’est pas toujours observée lors de la conclusion d’accords régionaux ou bilatéraux.
Parcours du Pr Mohamed Sektaoui
Chercheur et militant des droits de l’Homme, il a pris en charge plusieurs missions dans le cadre du mouvement des droits de l’Homme au niveau régional et international, notamment au Moyen-Orient et Afrique du Nord. Il est actuellement à la tête de l’organisation «solidarité universitaire marocaine», l’une des plus grandes instances qui opèrent dans le champ éducatif et défendent la dignité du corps enseignant. Il est aussi l’un des fondateurs de l’antenne marocaine d’Amnesty International, dont il est le DG actuellement. Il est l’auteur de plusieurs recherches sur l’éducation et les droits de l’Homme dont notamment :
1- Droits de l’Homme : Valeurs et principes
2- Droits de l’Homme : mécanismes et normes
3- Le médiateur administratif
4- Système de mutuelle au Maroc
A propos de l’AMPM
L’Association marocaine de la presse Médicale (AMPM) a vu le jour en juillet 2008. Elle a pour objectif de permettre à la presse médicale de jouer son rôle de partenaire fondamental de toute stratégie visant l’éducation sanitaire de la population. L’Association joue également le rôle d’intermédiaire entre les acteurs du secteur de la santé, publics ou privés, et les association de la société civile. De même, cette initiative vise avant tout à mettre à la disposition de l’opinion publique une information médicale scientifiquement fiable et objective.
Pour plus d’informations, visitez le site : www.medinfomedia.ma.
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