Pas de répit pour le ministère de la Santé. A peine les médecins spécialistes ont-ils libéré l'entrée du département de Yasmina Baddou que les infirmiers et étudiants des instituts de formation des cadres de la santé y ont pris place.
Après un premier sit-in sans grand succès organisé le 24 mars dernier à Rabat, voilà qu'ils récidivent, plus tenaces que jamais. Tôt dans la matinée de jeudi 12 mai qui coïncide avec la Journée internationale de l'infirmier, ils se sont donné rendez-vous devant le ministère de la Santé, devenu dernièrement la destination principale des mouvements de protestation des professionnels de la santé. «Quelque 3.000 participants sont attendus, soit le double du premier sit-in. Ils sont représentatifs de toutes les régions du Maroc», indique le porte-parole des manifestants. Pourtant, dans les premières heures de la matinée, seulement une centaine de personnes a été mobilisée. Avec leurs blouses blanches, ils étaient des hommes et des femmes, des jeunes et des moins jeunes à adhérer à ce qu'ils appellent « la révolution des infirmiers ».
Sur leur liste de revendications, pas moins de 20 points relatifs au cursus de formation des infirmiers, au cadre juridique régissant la profession, ainsi qu'aux conditions d'exercice. Sur le premier volet, les concernés veulent obtenir l'équivalence de leur diplôme avec la licence universitaire et, sur cette base, être recrutés à l'échelle 10. L'équivalence est aussi réclamée entre le diplôme du deuxième cycle remis par les établissements de formation des infirmiers et le Master, ce qui doit donner droit aux diplômés au recrutement à pas moins que l'échelle 11. D'une manière plus générale, les manifestants sont unanimes sur la nécessité pour que la formation des infirmiers soit basée sur le système LMD (licence-Master-Doctorat). S'agissant du cadre professionnel proprement dit, les revendications formulées sont plus vagues. Elles portent sur la révision de la loi régissant la profession afin qu'elle prenne en considération le rôle qui revient à l'infirmier dans le système sanitaire, la création d'un ordre des infirmiers à l'instar d'autres corps de métiers et l'implication systématique de ces derniers dans l'élaboration des politiques publiques dans le domaine de la santé. Au demeurant, les conditions professionnelles et matérielles d'exercice ont la part belle dans les revendications exprimées par les manifestants. Il s'agit, au premier chef, de revoir à la hausse les indemnités versées aux professionnels, de les répartir égalitairement entre infirmiers et médecins et de les entourer de toutes les garanties de transparence.
On réclame aussi l'instauration de nouvelles indemnités, notamment au profit des infirmiers affectés dans des zones éloignées. Toujours sur le volet des conditions d'exercice, il y a urgence selon les organisateurs du sit-in à réviser le système de promotion dans le sens de revoir à la hausse le quota adopté, de fixer à 8 ans le délai minimal de promotion à l'ancienneté et d'instaurer un grade exceptionnel pour les infirmiers diplômés qui soit hors échelle. D'autres revendications portent sur l'activation de la Fondation Hassan II des œuvres sociales de la santé et l'augmentation de son budget, le recrutement sans concours au sein du ministère de la Santé des nouveaux diplômés et l'affectation des malvoyants d'entre eux dans leurs villes de résidence. Par ailleurs, les manifestants fulminent contre le projet de privatisation de la profession qui, selon eux, portera atteinte aux intérêts des malades en premier lieu. «Pour pouvoir exercer le métier, c'est tout un parcours du combattant que nous devons faire : 3 ans de formation sanctionnés par un mémoire, stages sur le terrain et examen de qualification professionnelle. Ce n'est pas le cas pour le secteur privé où la formation est plus courte et moins consistante. Bien évidemment, les services rendus aux malades et la qualité des soins ne seront pas les mêmes d'un secteur à l'autre », argue le porte-parole des manifestants. Ces derniers sont décidés à aller le plus loin possible pour défendre leur dossier revendicatif. Après le sit-in, ils devaient organiser une marche « pacifique » en direction du Parlement, portant tous des brassards rouges en guise de protestation.
Etat des lieux
Ce sont des chiffres édifiants qui ont été communiqués par le ministère de la Santé à l'occasion de la journée internationale de l'infirmier célébrée jeudi 12 mai. D'après cette source, quelque 27.786 infirmiers exercent dans toutes les catégories, 9.611 dans le Réseau de Soins de Santé de Base (RSSB), et 15.387 dans le Réseau hospitalier (RHOSP), entre autres. Chaque année, plusieurs centaines d'infirmiers et de sages femmes diplômées restent souvent en attente jusqu'à deux années pour pouvoir bénéficier d'un emploi dans le secteur public. En ce qui concerne les structures de formation des paramédicaux, l'évolution ne se dément pas. En plus des instituts du ministère de la Santé qui sont au nombre de 21 Instituts de formation aux carrières de santé (IFCS) et un Institut de Formation des Techniciens Ambulanciers (IFTA), des écoles privées se sont développées à partir de 1998 dans la plupart des grandes villes du pays. Ces établissements offrent des programmes de formation d'infirmiers, d'auxiliaires, de sages femmes, d'orthoptistes, de kinésithérapeutes, d'orthophonistes, d'opticiens lunetiers et de préparateurs en pharmacie. Ils sont recrutés dans leur majorité dans le secteur privé.
A partir de 2012, le ministère compte recruter annuellement 1500 infirmiers polyvalents, 500 sages femmes, 300 infirmiers en anesthésie-réanimation et 240 techniciens de radiologie.
Repères
Thème
*- «Combler l'écart : améliorer l'accès et l'équité», tel est le thème retenu cette année pour la célébration de la Journée mondiale des infirmiers.
*- Pionnière
*- La date de la Journée mondiale des infirmiers coïncide avec la date d'anniversaire de l'infirmière britannique Florence Nightingale, pionnière des soins infirmiers modernes et véritable icône de la profession.
Source : lematin.ma
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