Les préparatifs battent leur plein pour tenir le délai fixé : campagne de sensibilisation, formation du personnel administratif et médical et impression de formulaires.
A quelques mois de la généralisation du RAMED (Régime d'assistance médicale pour les économiquement démunis) qui se fera avant 2012 à en croire le gouvernement, les questions sont légion concernant les mécanismes de sa mise en œuvre, les populations cibles et les répercussions potentielles sur le système de la santé.
Le ministère de la Santé, par la voix de Yasmina Baddou, essaye de tirer au clair ces aspects. Tout en gardant le silence sur la date précise de la généralisation tant attendue à tout le territoire marocain, la ministre, répondant à une question posée récemment devant la chambre des Conseillers, a indiqué que « les préparatifs sont en cours pour réussir cette opération ».
Face au temps qui presse, le gouvernement, paraît-il, est passé à la vitesse supérieure. Ainsi, après deux ans d'attente, trois comités ont été installés pour s'occuper de tous les aspects liés au projet. Il s'agit d'un premier comité d'éligibilité présidé par le ministère de l'Intérieur, d'un autre chargé des questions de la gestion et des finances placé sous la tutelle de l'Agence nationale de l'assurance maladie (ANAM), et d'un troisième piloté par le ministère de la Santé et s'occupant des traitements. « Parmi les actions accomplies par ces trois comités, il y a lieu de citer la modification du décret relatif au système l'assistance médicale, l'élaboration d'un guide spécifique à ce système et d'une campagne de sensibilisation, le recensement des besoins relatifs à la généralisation, notamment en matière de ressources humaines, d'équipements et de médicaments, et l'impression d'un million de formulaires qui ont été mis à la disposition des bénéficiaires », énumère Yasmina Baddou.
Elle fait savoir en outre qu'une circulaire a été adressée à l'ensemble des services décentralisés relevant de son département pour les inciter à fournir les conditions et les ressources humaines et logistiques à même d'assurer l'accès des bénéficiaires aux prestations sanitaires qui leur reviennent de droit, conformément aux paniers de soins préalablement fixés. Toujours dans le cadre de la préparation du terrain à la généralisation du nouveau régime, les ministères de l'Intérieur et de la Santé ont lancé chacun de son côté un programme de formation devant toucher 3.000 de leurs employés, « soit un taux de couverture de 60% », souligne Yasmina Baddou.
La ministre s'est employée par ailleurs devant la chambre des Conseillers à défendre les résultats jugés probants de la phase d'expérimentation du RAMED. « Vous n'êtes pas sans savoir qu'une expérience pilote a été conduite dans la région de Tadla-Azilal, dont l'évaluation a été confiée à un bureau d'études international en vue d'une généralisation plus efficace du RAMED », a-t-elle rappelé. Cette phase, qui a débuté en 2008, s'est couronnée ainsi par la remise de près de 65.000 cartes de bénéficiaires à plus de 52% de la population éligible composée à hauteur de 88% de personnes vivant dans l'extrême pauvreté et à hauteur de 12% de personnes en situation de vulnérabilité. Sur le plan qualitatif, les résultats sont tout aussi encourageants. La majorité des bénéficiaires voit d'un bon œil la suppression de l'attestation d'indigence de la liste des pièces à fournir pour avoir droit à « l'AMO des pauvres ». Le même satisfecit est affiché par les personnes souffrant de maladies chroniques qui se félicitent de l'abrègement du temps d'attente nécessaire pour accéder aux services médicaux et hospitaliers.
Les hôpitaux publics, champ opératoire du RAMED, y trouveront eux aussi leur compte puisque leurs recettes vont augmenter. Dans le cas de Tadla-Azilal, le nouveau système expérimenté a permis une hausse de 10% des rentes des hôpitaux. Mais ce n'est pas parce qu'il a fait ses preuves dans cette région qu'il fera de même dans les autres. Certains professionnels du secteur ainsi que des associations spécialisées disent ne pas comprendre le choix de Tadla-Azilal précisément pour abriter l'expérience pilote. Selon eux, elle n'est pas représentative du Maroc et les résultats qu'elle a enregistrés ne tirent pas donc à conséquence. Le doute plane également sur la capacité du gouvernement à respecter le délai qu'elle s'est fixé. Même après trois années environ de mûrissement, le projet de généralisation du RAMED aura du mal à sortir au domaine de la réalité.
Pour la bonne et simple raison que bon nombre de ses prérequis font encore défaut, ce qui compromet sérieusement ses chances de succès. A titre d'exemple : l'infrastructure, les équipements médicaux et les ressources humaines ne peuvent pas, à l'état actuel des choses, accompagner le nouveau régime qu'on compte mettre en place avant la fin de l'année en cours.
Ces mêmes insuffisances seraient à l'origine des trois reports précédents de la date de généralisation initialement prévue en 2009, puis repoussée à janvier 2011 et enfin à fin 2011. On est bien en droit de se demander si cette fois sera la bonne…
Mode d'emploi
C'est une commission provinciale et des comités locaux représentatifs des ministères de la Santé, de l'Intérieur, des Finances, de l'Agriculture et de l'Entraide nationale qui se chargent d'identifier les personnes éligibles au RAMED. La durée d'adhésion ainsi que le montant de cotisation varient en fonction du niveau matériel des bénéficiaires. Les personnes en situation de vulnérabilité peuvent bénéficier ainsi d'une carte RAMED d'une validité d'une année en versant une cotisation annuelle de 120 dirhams plafonnée à 500 dirhams par famille.
Par contre, les personnes en situation de pauvreté ont droit à une carte valable pour deux années et n'auront pas à payer de cotisation, puisqu'elle sera supportée par les collectivités locales.
Par ailleurs, les pensionnaires des établissements pénitentiaires et des orphelinats ainsi que les personnes sans domicile fixe bénéficient de la gratuité totale des soins. Pour obtenir la carte RAMED, l'intéressé doit déposer son dossier auprès des bureaux des autorités locales et remplir un formulaire disponible
sur place.
Repères
Ce que va coûter le RAMED :
*- 2,5 milliards de dirhams par an pour toucher un total de 8,5 millions de Marocains nécessiteux.
*- 75% de ce montant est pris en charge par l'Etat, 6% par les collectivités locales et 19% par les bénéficiaires.
*- 100.000 personnes vont bénéficier de la gratuité totale des soins, notamment les pensionnaires des établissements pénitentiaires et des orphelinats et les personnes sans domicile fixe.
Source : lematin.ma
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