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Médecine d’urgence et de catastrophe : Des chiffres effarants qui parlent d’eux-mêmes

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Parmi les structures déficientes de notre système de santé, les services d’urgence semblent se situer en pole position. Peu d’hôpitaux peuvent aujourd’hui se targuer d’avoir un service d’accueil des urgences digne de ce nom ou, tout au plus, convenable. Structures inadaptées, logistique non appropriée, pénurie de personnels, charge de travail rebutante, démotivation, manque de formation adéquate, personnel non qualifié, manque de médicaments, accueil approximatif, attente trop longue, iniquité dans la répartition des moyens existants, la notion même de l’urgence perd toute sa signification… Bref, tout un système à revoir de fond en comble. Et d’urgence.


Le secteur de la santé du Parti du progrès et du socialisme (P.P.S) s’est penché sur la problématique de la médecine d’urgence et de catastrophe au Maroc en organisant une conférence-débat sur ce sujet, le vendredi 19 décembre 2008. Elle a été brillamment présenté par le camarade Houcine Louardi, membre du Bureau politique du PPS, coordinateur national du secteur santé du PPS, spécialiste de médecine d’urgence et de catastrophe, et expert auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la médecine d’urgence. Ci-dessous les grandes lignes de cette conférence qui a suscité un grand débat.

Situation actuelle


En observant la situation des urgences dans notre pays, un constat s’impose à nous. Nous avons des moyens, mais pas un système.
La situation des urgences, aussi bien extra-hospitalières qu’hospitalières, publiques ou privées, est caractérisée par un certain individualisme, avec des acteurs «cloisonnés». Il n’existe pas de «pactes de partenariat», pas de logiques collectives. Il y a peu de traditions de collaboration entre structures hospitalières (complémentarité, transferts...) entre services médicaux (comptes-rendus d’hospitalisation, transferts réciproques de malades pour dégagement de lits d’urgences, staffs communs...), entre services et médecins «pourvoyeurs» publics (santé de base, urgences première ligne ou SMUR) ou libéraux, pour un retour d’information, etc. La recherche de la qualité de la prise en charge des urgences est axée sur la mise en valeur de l’appartenance à un service, aux dépens de la recherche de la qualité dans un ensemble plus large, dans un réseau ou un système. Alors que la prise en charge de tels patients est souvent multidisciplinaire, ou du moins implique plusieurs acteurs successifs qui peuvent influer dans un sens ou dans un autre sur cette qualité. Le patient est donc actuellement pris en charge dans l’urgence par des services ou des individualités, non par un système. Cela est dû en grande partie à une absence de stratégie nationale en matière de médecine d’urgence et de catastrophe.

Les accidents de la route : un fléau national


Abordant le problème des accidents de la route, le professeur Louardi à déploré la situation actuelle qui est inadmissible au regard des pertes en vies humaines. Pour donner une idée plus précise de la gravité de la situation, il faut savoir que l’année 2007 s’était soldée par la mort sur les routes de 3838 personnes (déjà en hausse de plus de 2% par rapport à 2006) et le nombre de blessés graves s’était établi à 12.046 (+ 2,24 %). Chaque année les accidents de la route entraînent une perte de 11 milliards de DH, ce qui est énorme pour un pays de 30millions d’habitants
L’hécatombe continue sur les routes marocaines. Sur les dix premiers mois de l’année 2008, le nombre d’accidents de la circulation a augmenté de près de 10 % par rapport à la même période de l’année 2007, entraînant une hausse du nombre de tués de 10,62 % et de celui des blessés graves de 12,79 %, tandis que le nombre de blessés légers a augmenté de 5,61 %. L’année 2008 s’achève sur un triste record, celui du nombre d’accidents de la route, celui des victimes (plus de 4.000 morts, des centaines de handicapés à vie et des milliers de blessés). La voiture au Maroc tue 13,5 fois plus qu’en France.
Si la tendance reste en l’état actuel et si des mesures spécifiques, courageuses et responsables, ne sont pas prises pour arrêter cette hémorragie, en 2010 les accidents de la route feront près de 71.316 accidents corporels, en augmentation de 4%, et 4803 décès. Cela coûtera aux caisses de l’Etat prés de 14 milliards de DH selon le professeur Houcine Louardi.

L’hôpital hors de ses murs

Toujours dans le registre des accidents de la route, le professeur Louardi a attiré l’attention sur les pertes en vies humaines évitables. Il faut savoir que les problèmes graves se situent au niveau du lieu de l’accident, c’est pourquoi il est urgent de procéder à une nouvelle approche qui consiste à mettre sur pied les service d’assistance médicale urgente (SAMU) afin de soigner les blessés et les victimes des accidents et incidents sur les lieux mêmes des drames.
Lors d’un accident grave, chaque seconde compte. L’efficacité des premiers secours dépend essentiellement de la rapidité et de la précision avec laquelle l’alerte a été donnée et du temps que mettent les équipes de premiers secours pour venir en aide aux blessés. Aujourd’hui, les délais entre un accident et les premiers soins sont estimés à 4 heures, ce qui est lourd de conséquences et ôte toutes les chances de sauver des vies humaines ou d’être efficace. Ce qui explique que 63 % de la mortalité est extra hospitalière, c’est-à-dire que les blessés décèdent soit sur le lieu des accidents ou lors de leur transport vers les urgences.

Nécessité de se doter de moyens mobiles de secours et de soins d’urgence

Les SMUR sont une composante de l’urgence médicale à côté des services d’accueil des urgences (SAU). Une équipe mobile se compose d’un médecin, d’un infirmier ainsi que d’un ambulancier. Ils se déplacent dans une unité mobile dotée de tout le nécessaire (oxygène, défibrillateur, aspiration, matériel d’intubation, sérums, électrocardiogramme, boîtes d’instruments, médicaments, matériel pour la surveillance des paramètres vitaux...). Voire un moyen aéronautique, un hélicoptère qui a son aire de stationnement à l’hôpital. Le rôle du SMUR est d’apporter au malade ou au blessé les meilleurs soins possibles sur place, d’assurer le transport dans de bonnes conditions, de définir en accord avec le service d’assistance médicale urgente (SAMU), le service le plus adapté pour recevoir le patient et non pas l’hôpital le plus proche comme c’est le cas aujourd’hui.
L’absence de concertation avec et entre les acteurs de l’urgence est une difficulté majeure. Il n’y a pas de relations entre les différents secteurs et les différents professionnels et donc pas de liens formels sur la gestion au quotidien de l’urgence. Les comités régionaux des plans d’urgence ne sont activés qu’à l’occasion des situations exceptionnelles. Tous les acteurs de l’urgence attendent que la loi sur l’AMU soit rapidement instaurée, et qu’elle précise les attributions respectives de chacun.
Le Maroc ne dispose pas encore de stratégie nationale de gestion des urgences et de prise en charge des blessés, des sinistrés et des victimes.
Aujourd’hui dans le cadre de la collaboration intersectorielle, il est prévu la création de partenariats à l’intérieur d’un réseau de soins d’urgence regroupant l’ensemble des intervenants dans la gestion ou l’offre de services et de soins d’urgence.

Le transport sanitaire

Nous comptons aujourd’hui à 92 entreprises qui se chargent du transport sanitaire, elles comptabilisent un total de 262 ambulances ou ce qui en tient lieu, puisque 75 % du parc ambulancier à plus de 10 ans d’âge et 50% de ces entreprises exercent sans local. C’est dire tous les dangers et l’anarchie qui prévaut dans ce secteur. Par ailleurs le transport sanitaire primaire public ou privé demeure non normalisé, non catégorisé et non coordonné.
Chacun des intervenants dans le transport sanitaire (Protection civile, Croissant rouge, sociétés privées, communes, ministère de la Santé, etc.) se donne ses propres règles de fonctionnement et s’attribue ses propres missions. Le ministère de la Santé n’a pas de pouvoir de contrôle ni le droit d’attribution des agréments aux entreprises privées ou publiques de transport.
Les malades évacués par la protection civile, le sont souvent vers des établissements non adaptés aux cas de ces patients, car la protection civile ne peut sortir de sa circonscription administrative et ses médecins ou ses transporteurs ne peuvent rester un peu de temps à l’hôpital d’accueil.
Les patients se rendent d’eux-mêmes parfois aux urgences. Dans d’autres cas, ils peuvent avoir à payer les frais de transport par ambulance, surtout quand il s’agit des ambulances des communes.
Les transports sanitaires n’ont pas de moyens de communication pour prévenir l’hôpital d’accueil de leurs arrivées. Pire, la formation des ambulanciers est soit inexistante, soit insuffisante.

Gratuité des prestations aux urgences

Venir à l’hôpital représente une contrainte tant pour le malade que pour sa famille, car la maladie est vécue comme un événement douloureux. Ce constat est exacerbé quand on s’adresse aux urgences pour blessures, fractures ou autres et qu’il vous est demandé d’aller payer à la caisse la consultation à 60 DH, ensuite d’aller payer les radios dont le prix varie entre 100 et 200 DH, le plâtre, les sutures. Bref le malade est acculé à effectuer des allers-retours qui sont de nature a rendre le climat plus tendu et la relation entre citoyens et structures de santé au plus bas niveau. C’est pourquoi au niveau du PPS nous demandons la gratuité de la prise en charge des malades au niveau des urgences des hôpitaux publics. Nous demandons aussi d’inclure la médecine pré-hospitalière (prise en charge par le SAMU) par l’assurance maladie obligatoire (AMO)

 

albayane.ma

 

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