Le ministère de la Santé n’a pas pu s’opposer à la pratique commerciale des laboratoires .Les coûts élevés perturberaient la gestion de l’AMO et du Ramed.
«Nous avons été frappés par la multiplicité des marques et prix pour un médicament», lance d’emblée Khalid Hariri, rapporteur de la mission parlementaire d’information sur le médicament (cf. aussi www.leconomiste.com). En effet, la mission a révélé, à titre d’exemple, qu’il existe 137 présentations différentes de l’amoxiline, 62 de l’amoxiline clavulanique, 60 du paracétamol, 53 du dicclofénac… Les différences de prix entre des marques d’un même médicament peuvent atteindre 600%. Les différences de prix d’un même médicament et de la même marque peuvent dépasser 300% selon l’endroit où le médicament est acheté. Ce qui peut être interprété comme signe d’un grand dysfonctionnement du système de régulation de l’offre. Mais comment cette cherté peut-elle être expliquée? «Nous n’avons pas eu de justification sensée de ces écarts par les instances concernées», répond Hariri.
Par rapport à la Tunisie et la France, les prix des médicaments de marque au Maroc, à quelques petites exceptions, sont généralement plus élevés de 30 à 189% et de 20 à 70% respectivement. Pire encore, l’étude révèle que les marques les plus chères sont les plus vendues alors que c’est le contraire qui devrait se produire, vu le pouvoir d’achat au Maroc.
Quant au problème des prix des médicaments coûteux, il est encore plus critique. La consommation de ces médicaments évolue à un rythme qui dépasse 40% par an.
Les prix très élevés font que, pour la population non couverte par l’AMO, les médicaments sont inaccessibles à la majorité des malades. «On estime le nombre de personnes non couvertes par l’assurance maladie à 20 millions», précise Hariri.
Pour la population couverte par l’AMO, certes il y a une prise en charge, mais les systèmes de couverture médicale AMO et Ramed risquent, à moyen terme, de ne plus pouvoir supporter le coût de ces médicaments», note Hariri. Pour ce dernier, «l’équilibre du système de couverture maladie et sa généralisation à toute la population marocaine dépendent de la révision à la baisse du prix des médicaments». Il en est de même de la rationalisation de leur prescription.
Les principales causes de la cherté des médicaments résident dans les pratiques commerciales d’une grande partie de l’industrie pharmaceutique et dans les procédures définies par l’Administration pour la fixation des prix des médicaments et de leur remboursement par l’assurance maladie», rapporte Hariri. A cela s’ajoutent les pratiques de certains médecins qui ne prescrivent pas de génériques à leurs patients, soit par méfiance, soit suite à la pression des laboratoires.
Pendant des décennies, le ministère de la Santé n’a pas pu s’opposer à la pratique commerciale des laboratoires. Il s’est contenté d’appliquer les textes réglementaires qui sont dépassés et présentent plusieurs failles qui ont été exploitées par l’industrie pharmaceutique pour obtenir des prix élevés. «Ce n’est que depuis 2007 qu’on a senti une volonté réelle de s’attaquer à ce problème et notamment pour changer la procédure de fixation des prix», rappelle Hariri. Mais, jusqu’a présent, rien n’a été fait.
Ceci étant, la mission recommande, sur le plan institutionnel, que la fixation des prix des médicaments ne soit plus du ressort unique du ministère de la Santé, mais d’une instance qui, en plus de ce département, intègre les organismes d’assurance maladie, les ordres professionnels, ainsi que le Conseil de la concurrence. Cette dernière doit mettre en place une nouvelle procédure de fixation des prix qui soit en totale rupture avec la procédure actuelle. Pour cela, le rapport donne quelques principes. Il s’agit de remettre à plat, dans le court terme, les prix actuels. Pour les taux de remboursement par l’AMO, le rapport prescrit de les réviser de sorte à encourager les médicaments les moins chers et non le contraire comme c’est le cas aujourd'hui. Mais la mesure la plus urgente réside dans l’utilisation des licences obligatoires pour les médicaments qui sont encore protégés par un brevet. «C’est une procédure légale, conforme aux recommandations de l’OMS et de l’OMC et qui ne contredit pas les accords de libre-échange signés par le Maroc».
Il s’agit également de l’exclusion immédiate du remboursement par l’AMO des marques de médicaments coûteux dont il existe des équivalents moins chers sous des marques différentes.
Selon la mission d’information, l’application de ces recommandations peut se traduire par une baisse globale du coût de 30 à 50% pour les médicaments courants et de 50 à 80% pour les médicaments coûteux. «C’est au gouvernement qu’incombe la mise en œuvre de la plupart de ces recommandations. Le ministère de la Santé devrait assumer une très grande responsabilité car la réalité des prix des médicaments est maintenant sur la place publique», souligne Hariri. Ce dernier rappelle que le département de la Santé a déjà exprimé sa volonté d’aller dans ce sens.
Par ailleurs, les médicaments représentent plus de 40% du coût du système de santé en 2007, en comparaison aux 18% en moyenne dans les pays de l’OCDE.
Les dépenses pharmaceutiques au Maroc ont représenté un minimum de 12,25 milliards de DH en 2008 (Pharmacies privées: 11 milliards, hôpitaux publics: 750 millions, CHU: 150 millions, Pharmacie Cnops: 350 millions). En 2004, l’OMS avait estimé le marché marocain à 13,5 milliards de DH. Dans l’AMO, ces dépenses sont aussi importantes. Elles représentent 47% des dépenses des deux régimes gérés par la Cnops et la CNSS en 2008.
«A partir de 2006, cette proportion a connu une augmentation importante et risque à moyen terme de peser négativement sur l’équilibre de l’AMO», prévient Hariri.
Selon l’OMS, les dépenses de santé au Maroc étaient de 33,2 milliards de DH en 2007. 57% de ce montant étaient supportés directement par les patients en l’absence de généralisation d’un système de couverture maladie alors que 26% étaient supportés par des dépenses publiques et le reste par des systèmes de mutualisation privés.
Source : leconomiste.com
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