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Médicaments, La vérité sur la baisse des prix est incomplète

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Il y a certainement un maillon qui manque dans ce débat sur les prix des médicaments.

La mission parlementaire d'information sur le sujet ne donne plus signe de vie après avoir remué ciel et terre pour livrer toute la vérité sur un sujet qui dérange. Toutefois, c'est loin d'être suffisant pour avoir de la visibilité ni même pour prendre les mesures qu'il faut pour remédier à la cherté du médicament au Maroc. La situation laisse, par conséquent, libre cours aux interprétations et autres tentatives de remplir le vide. Pas plus tard que jeudi dernier, le syndicat des pharmaciens de Casablanca a présenté les résultats d'un sondage auprès des officines réalisé par un cabinet français.

Tenu jalousement sous embargo, ce sondage téléphonique auprès de 400 officines sur 10.000 n'a pas été reconnu par la Fédération des syndicats des pharmaciens du Maroc.

Contacté, son président, Kamal Belhaj, n'y est pas allé de main morte pour traiter cette étude de travail d'amateurs. Sans privilégier pour autant l'action parlementaire, le responsable estime que le vrai débat est ailleurs. Belhaj reconnaît que le prix du médicament reste en valeur absolue cher et pas seulement au Maroc. Mais il voit la question d'un angle tout à fait différent. Le mal serait dans l'incapacité des politiques à prendre des décisions qui engagent tout un pays et conditionnent l'accès aux soins des patients qui n'ont pas les moyens de se faire dûment soigner. Sans reconnaître au pharmacien le droit de substitution des médicaments chers par des génériques, le débat serait d'office tronqué. Cela fait, justement, des années que l'on attend une loi qui peut être l'unique voie du salut pour clore le dossier.

Mais c'est sans compter sur le redoutable lobby de l'industrie pharmaceutique au Maroc qui après avoir grignoté ses carottes fiscales, résiste aux appels pressants de revoir les prix à la baisse. Certes, en vendant plus cher que sous d'autres cieux, le secteur a financé son essor et acquis ses lettres de noblesse en matière de qualité et d'efficacité des produits. N'empêche qu'il a aujourd'hui du mal à lâcher du lest. Tenez-vous bien qu'aux Etats-Unis, pays où l'on revendique le plus grand nombre de licences en industrie pharmaceutique, 80% des médicaments vendus sont des génériques. Ce taux est de 70% en France, 78% en Allemagne, tandis que le Maroc se contente d'un petit 18%. Plus encore et au-delà des effets d'annonce, sur les 160 médicaments qui ont baissé durant cette année, une quinzaine seulement sont vendus au niveau des pharmacies, révèle-t-on.

Le reste fait partie des lots utilisés dans les centres hospitaliers. Autre bémol, cela fait une quinzaine d'années que les prix de ces mêmes médicaments devaient être révisés alors que la périodicité doit être de deux ans. Les pharmaciens veulent aujourd'hui que le débat soit mené autrement que par la diabolisation de leur profession. Il est vrai qu'aujourd'hui la question est présentée comme une confrontation entre deux clans. La profession qui, légitimement ou pas, défend son beefsteak et les parlementaires qui tout en incriminant la cherté des prix ne savent plus comment s'y prendre. On ne le redira jamais assez, sans une assurance maladie performante qui fait l'unanimité et un pouvoir d'achat amélioré, les marges de manœuvre des uns et des autres restent trop étroites. La problématique devient sociétale avec des risques de démagogie et de récupération politicienne. Belhaj et une armée de pharmaciens veulent, par exemple, que la TVA sur le médicament soit supprimée ou du moins revue à la baisse.

Selon ce responsable, il n'est plus admis que l'Etat taxe les médicaments à hauteur de 21%, avec quelques nuances pour certains produits, et que des pays de la région à économie similaire appliquent 0% de TVA. Même aux Etats-Unis où le pouvoir d'achat est élevé, la TVA sur le médicament n'est que de 2,1%.

Ils sont plusieurs les professionnels qui regrettent que la TVA sur les produits alimentaires soit au même niveau que celle imposée aux médicaments. Néanmoins, cette option est loin d'être envisageable en cette période de crise et de vache maigre pour les recettes fiscales de l'Etat. Il faut donc chercher ailleurs.

Le ministère de la Santé qui fixe les prix a du pain sur la planche et l'obligation de trouver d'autres solutions moins contraignantes ni pour les caisses de l'Etat ni pour les bourses des citoyens. Les propositions de la mission parlementaire représentent autant de pistes de solutions, mais c'est leur applicabilité qui pose problème. Le rapport a qualifié la réglementation appliquée par le ministère pour la fixation des prix de caduque et truffée de failles exploitées par les industriels.

Il a opté pour l'adoption du droit de substitution parmi tant d'autres solutions. Mais l'on sent aussi que la volonté manque aussi bien aux parlementaires qu'au gouvernement d'aller droit au but au lieu de ménager les sentiments des parties prenantes.

Source : lematin.ma

 

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