Est-ce que les pouvoirs publics veulent toujours une médecine gratuite pour les citoyens ? Voilà une bonne question que l’on aimerait bien poser à madame la ministre de la Santé.
Cette question soulève un problème de fond que les pouvoirs publics éludent, avec beaucoup d’hypocrisie, depuis plusieurs années. Celui de la nécessité de repenser le système de santé et partant de remettre en cause le bien fondé de la médecine gratuite. Autrement dit, veut-on sauvegarder ou non cette dernière survivance de la politique sanitaire mise en place depuis l’indépendance de notre pays ? Les citoyens savent bien qu’il ne reste plus grand-chose de cette initiative généreuse. Le secteur public de la santé ne répond que partiellement aux demandes de santé formulées par les malades, les soins ne sont pas gratuits partout surtout au niveau des CHU, ailleurs au niveau des hôpitaux dits SEGMA, il vous sera souvent demandé de payer pour tel ou tel examen. Si vous ne le faites pas à la caisse de l’hôpital, vous le ferez au niveau des poches d’une brebis galeuse, en outre on vous demandera toujours d’acheter tel ou tel produit… Donc la gratuité des soins, c’est du bidon.
En face de l’hôpital public, il y a un concurrent de taille, le secteur privé, de plus en plus offensif, performant et en constant développement. Pour ces deux raisons, le malade est naturellement incité à s’adresser à ce dernier pour garantir une bonne prise en charge de ses problèmes de santé. C’est souvent le cas, même si celui-ci doit honorer en retour les prestations qu’il reçoit. Ce qui est, somme toute, dans l’ordre des choses. L’orientation des malades du secteur public vers le privé existe partout, celui qui osera dire le contraire est un menteur.
Que se passe-t-il en réalité sur le terrain ?
Tout un chacun sait que notre système de santé n’est pas au top niveau comme on souhaiterait qu’il le soit. Nos hôpitaux sont, par endroits, austères (enfin pas tous tout de même), parfois un peu vétustes, peu accueillants. Le malade hospitalisé doit apporter sa literie, il n’y a qu’à aller au premier hôpital prés de chez vous pour le constater... La nourriture qui lui est servie n’est pas toujours appétissante, ce qui oblige encore le malade à faire appel à sa famille pour se nourrir décemment. Le défilé des couffins à l’intérieur des services hospitaliers est une caractéristique visible de nos hôpitaux…
Un grand nombre d’examens de radiologie et de biologie sont pour la plupart dirigés vers le secteur privé (les exemples en la matière sont nombreux). Les appareils sont généralement en panne ou manquent de réactifs, ou alors ne peuvent réaliser ce type d’examen. Le scanner, actuellement examen radiologique ordinaire, est souvent impossible à faire dans le secteur public. Quand l’appareil n’a pas rendu l’âme, les dates de rendez-vous sont dissuasives. Il est évident que moins il y a d’examens radiologiques et/ou biologiques, moins il y a sollicitation de consommables et moins le budget de l’hôpital est chahuté. Cela arrange le gestionnaire qui doit, malgré lui, faire une gymnastique compliquée, souvent au détriment du malade, il faut le préciser, pour répondre aux exigences des besoins des citoyens et à celles d’un budget qui n’est pas adapté à l’ambition qui lui est dictée. C’est pour cela qu’un ou des appareil(s) en panne n’est en aucun cas contrariant. A titre d’exemple, une structure hospitalière, universitaire de surcroît et dont je tairais le nom (c’est mon droit), vient seulement de procéder à la réparation de ses appareils de scanner et de ses fibroscopes. Ailleurs c’est l’appareil d’ECG qui a rendu l’âme, le cardiologue ne sait plus quoi faire et la liste est longue, comme est long et sinueux le chemin que doit prendre le patient démuni pour se faire soigner. Il y a à l’évidence quelque chose qui ne tourne pas rond. Veut-on, par cet état de fait, «forcer» le citoyen à recourir au secteur privé pour se soigner ? Veut-on sonner le glas du secteur public en le disqualifiant de cette façon ? Enfin, pourquoi les cliniques privées sont toujours pourvues en matériel et leurs appareils de radiologie et de laboratoire ne restent jamais en panne ? Toutes ces questions sont légitimes et méritent d’être posées.
albayane.ma
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