Le travail d'une équipe toulousaine permet de comprendre les mécanismes cérébraux en jeu lors de l'anesthésie d'un membre.
De très nombreuses anesthésies locorégionales sont réalisées, chaque jour, pour permettre aux chirurgiens d'opérer le bras ou la jambe d'un patient sans l'endormir totalement. Mais ce type d'anesthésie provoque des "illusions" sur lesquelles se sont penchés des chercheurs toulousains de l'unité Inserm "Imagerie cérébrale et handicaps neurologiques" et d'autres. Explications de l'anesthésiste Stein Silva, qui a dirigé cette étude publiée dans la revue Anesthesiology.
Quelles sont ces "illusions" décrites par les patients ?
Stein Silva : Parmi les 20 personnes observées, qui ont toutes subi une intervention sur le bras, plus de 95 % ont eu l'impression que leur membre endormi (qu'elles ne pouvaient pas voir) grossissait de deux à trois fois le volume normal. Alors que leur bras était placé perpendiculairement au corps, les patients ressentaient une modification de sa position et de sa flexion. Et dans une publication précédente nous avions montré que si l'anesthésie dure plus de 45 minutes, 80 % des opérés décrivent des mouvements fantômes, comme si leur main s'ouvrait et se fermait, et que leur coude se pliait.
De plus, quand on montre à ces personnes sous anesthésie locorégionale des images 3D de mains vues sous différents angles, elles mettent plus de temps que les autres à reconnaître la main droite de la gauche et elles se trompent plus souvent. Cela montre que l'anesthésie a un effet sur leur capacité à se représenter un schéma corporel correct.
Quel enseignement tirer de ces observations ?
Elles prouvent que l'anesthésie d'un territoire desservi par un nerf ou un groupe de nerfs, ici le bras, modifie l'activité du cerveau. Elle altère rapidement notre façon de percevoir le monde et notre propre corps. Ces travaux confirment bien que le cerveau est une structure dynamique. Nous poursuivons actuellement notre recherche pour caractériser précisément les régions cérébrales impliquées (grâce à l'imagerie cérébrale fonctionnelle). C'est d'autant plus important que les manifestations décrites par les patients endormis sont les mêmes que celles dont parlent les personnes qui ont été amputées d'un membre, mais qui souffrent comme s'il était présent.
En quoi est-ce utile pour les patients ?
Bien comprendre comment les circuits neuronaux se réorganisent lors de l'anesthésie locorégionale pourrait permettre de profiter de cette technique pour les reconfigurer correctement après un traumatisme. De cette manière, ces anesthésies pourraient être utilisées dans l'avenir pour traiter les douleurs dites de membres fantômes décrites par les patients amputés. Ces illusions sont liées à l'apparition dans le cerveau de représentations inadaptées du segment du corps disparu. Notre but est de développer des techniques d'anesthésie nouvelles qui permettront d'inhiber ou de stimuler directement les représentations cérébrales impliquées dans ces phénomènes douloureux. Et ainsi de soulager ces patients.
Source : lepoint.fr
| < Précédent | Suivant > |
|---|






