Qu’est-ce que la paraphrénie ?

Entendre des voix, voir des choses qui n’existent pas : les paraphréniques superposent la folie à la réalité tout en conservant leur identité. Qu’est-ce que la paraphrénie ? 

Qu’est-ce que la paraphrénie ?


Une mission à bord de la station spatiale internationale devient un drame dans la nouvelle série de Canal + « Infiniti ».

Avant le lancement, une cosmonaute, interprétée par l’actrice française Céline Salette, est confrontée à un dilemme.

Elle est clouée au sol et souffre de problèmes psychiatriques. On lui a diagnostiqué une « paraphrénie ». Mais qu’est-ce que cette maladie mentale ?[1]

Quelle est l’origine de la paraphrénie ?

La paraphrénie est dérivée des mots grecs « para » (à côté) et « phrena » (esprit).

Le terme a été inventé en 1863 par Karl Ludwig Kahlbaum, mais ce n’est qu’en 1912 qu’il est clairement défini (par un autre psychiatre Emil Kraepelin) comme une « forme intermédiaire de délire chronique » située entre la schizophrénie et la paranoïa, explique Fabienne Hulak dans un livre intitulé « Vers un nouveau paradigme : de la paraphrénie à la psychose ordinaire », dont des extraits sont disponibles sur le site de Cairn.

Selon le Larousse, il s’agit d’une « psychose délirante chronique qui se distingue par la qualité fantastique des thèmes délirants, leur richesse créatrice et la juxtaposition du monde fantastique avec le monde réel. » Concrètement, l’individu reste lui-même ; il conserve son identité ; néanmoins, il est envahi par son imagination, qui est composée d’idées bizarres superposées à la réalité. Par ailleurs, dans la série Inifiniti, le personnage d’Anna admet entendre des voix mais est conscient qu’elles ne sont pas authentiques.

Il peut être le résultat d’événements cérébraux spécifiques, comme une tumeur ou un accident vasculaire cérébral, mais il peut aussi être l’effet d’autres troubles neurodégénératifs.[2]

Qu’est-ce qui la distingue de la paranoïa ou de la schizophrénie ?

Plusieurs symptômes distinguent la paraphrénie : d’une part, il n’y a pas de dissociation du « moi » (la personne reste elle-même malgré ses délires, contrairement à la schizophrénie), mais aussi la présence de divers troubles, comme la mégalomanie, l’impression de vivre une aventure cosmique, la présence du fantastique ou du surnaturel dans la vie du sujet, et certaines persécutions.

Elle apparaît à la maturité, généralement entre 30 et 45 ans.

Selon l’encyclopédie Universalis du psychiatre Kraepelin, il existe quatre types de paraphrénie : systématique (très proche de la paranoïa), expansive (proche de la psychose maniaco-dépressive), confabulante (sans hallucinations, où l’on retrouve essentiellement des souvenirs de choses qui n’ont pas eu lieu), et fantastique. Cette maladie a le potentiel d’avoir un impact sur les cinq sens.

Existe-t-il un remède à cette maladie ?

La maladie n’entraîne pas toujours un changement dans la vie du sujet, qui peut « cohabiter » avec cet aspect du délire.

Elle peut se manifester de manière très directe, lors d’épisodes extatiques, ou de manière plus subtile sur une période de plusieurs années.

Le Cairn souligne que dans la première situation, les agressions intenses sont impossibles à dissimuler, tandis que dans la seconde, l’individu peut ne connaître que des périodes d’étrangeté.

L’entourage n’est pas conscient de la maladie, et certaines personnes semblent fonctionner correctement pendant une période prolongée.

Selon l’Encyclopedia Universalis, elle peut disparaître d’elle-même, mais si elle prend trop de place dans la vie du patient, une thérapie en milieu spécialisé est nécessaire.

La fluphénazine, un médicament neuroleptique antipsychotique, est utilisée pour traiter la paraphrénie.[3]

Sources:

1 La revue canadienne de psychiatrie, La paraphrénie redéfinie.
2 Cairn, Vers un nouveau paradigme : De la paraphrénie à la psychose ordinaire.
3 Universalis, Paraphrénie (histoire de la notion).
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